
Alcazaba de Málaga : histoire, architecture et guide pratique
Le palais-forteresse maure de Málaga
L'Alcazaba de Málaga est une citadelle palatiale du XIe siècle, agrippée aux pentes inférieures du mont Gibralfaro. Surplombant la Calle Alcazabilla dans le centre historique, le monument s'élève directement au-dessus du théâtre romain du Ier siècle et fait face au Palacio de la Aduana néoclassique, composant un carrefour urbain où dialoguent plusieurs époques de l'histoire locale.
Souvent décrite comme la petite cousine de l'Alhambra de Grenade, l'Alcazaba fut à la fois une place forte imprenable et une résidence royale raffinée pour les souverains musulmans. Sa position stratégique sur les hauteurs assurait le contrôle absolu sur le port historique, la ville et les voies maritimes.
Origines et histoire
Les grands travaux de l'Alcazaba débutent entre 1057 et 1063 sous l'impulsion de Badis ben Habus, émir de la taïfa ziride de Grenade, sur des fondations hammudites antérieures. L'ensemble a ensuite été agrandi et remanié sous les Almoravides, les Almohades et les Nasrides, ces derniers transformant le secteur résidentiel en un dédale précieux de salles palatiales et de patios.
En 1487, lors de l'ultime phase de la Reconquista, la citadelle est conquise par les Rois Catholiques au terme d'un siège de quatre mois. Au cours des siècles suivants, la forteresse tombe peu à peu à l'abandon, un déclin accéléré par un tremblement de terre en 1680 puis par un bombardement naval lors de la guerre de Neuf Ans en 1693.
Aux XIXe et début du XXe siècles, des habitations de fortune s'agrippaient aux anciens remparts. De vastes chantiers de restauration menés au XXe siècle sous la direction de l'architecte Leopoldo Torres Balbás permirent de déblayer ces constructions anarchiques pour rendre leur superbe aux quartiers palatiaux et à leurs jardins. Ce sauvetage patrimonial a pris un nouvel essor avec la redécouverte, en 1951, du théâtre romain enfoui au pied même des murailles.
Génie défensif et remplois romains
L'Alcazaba a été conçue selon un système de double enceinte fortifiée, flanquée de tours défensives et d'entrées abruptes en chicane destinées à piéger et canaliser les assaillants. Bien avant d'être fortifiée, la colline abritait un complexe industriel romain : les fouilles archéologiques sous les remparts inférieurs ont révélé des cuves tapissées d'ardoise, autrefois dédiées à la production de garum, la sauce de poisson fermentée emblématique de l'Antiquité.
Pour ériger la forteresse, les bâtisseurs musulmans ont largement exploité les matériaux de remploi prélevés sur le théâtre romain situé en contrebas. Des fragments de colonnes, des chapiteaux sculptés et des pierres de taille ont ainsi été disséminés dans tout l'appareil défensif. Loin de dissimuler ce recyclage, les maçons ont inséré des fûts de colonnes en marbre à l'horizontale dans la pierre des tours et des arches, comme à la Puerta de las Columnas. Ces fûts servaient de tirants de renfort, laissant leurs extrémités rondes affleurer sur les murs extérieurs.
Dans l'enceinte défensive basse s'ouvre une cavité souterraine servant de silo. D'après les récits d'époque, ce caveau faisait office de cachot où les captifs chrétiens étaient enfermés pour la nuit après leurs journées de corvée.
Patios palatiaux et mont Gibralfaro
Passé les portes fortifiées extérieures, la citadelle haute s'adoucit pour laisser place à la résidence royale nasride. Ici règnent des cours ombragées bordées d'orangers et de bougainvilliers éclatants, où le murmure des fontaines et des rigoles de pierre entretient un microclimat frais, bien loin de la chaleur écrasante des rampes minérales d'en bas.
Couronnant la crête au-dessus de la forteresse, le château du Gibralfaro tire son nom du mot arabe jabal (montagne) adossé au grec pharos (phare), en référence à un fanal qui se dressait jadis sur les hauteurs. Le château est relié à l'Alcazaba par La Coracha, un couloir défensif fortifié qui gravit la crête rocheuse.
Informations pratiques
L'Alcazaba est gérée comme monument public par l'Ayuntamiento de Málaga (la municipalité de Málaga). L'entrée piétonne principale se situe sur la Calle Alcazabilla, à côté du théâtre romain, et un ascenseur permet d'y accéder depuis la Calle Guillén Sotelo, derrière l'hôtel de ville.
Les horaires d'ouverture dépendent de la saison. En été, du 1er avril au 31 octobre, le monument ouvre tous les jours de 9 h 00 à 20 h 00. En hiver, les visites se terminent à 18 h 00, le dernier accès étant autorisé une heure avant la fermeture. Le plein tarif s'élève à 7 euros pour un billet individuel, ou 10 euros pour un billet combiné incluant l'Alcazaba et le château du Gibralfaro. L'accès est gratuit chaque dimanche à partir de 14 h 00.
Le passage intérieur à travers La Coracha est fermé à la circulation des visiteurs, ce qui impose des accès distincts pour l'Alcazaba et le château du Gibralfaro. Rejoindre le Gibralfaro depuis le bas du site suppose une montée à pied, raide mais facultative, d'environ 20 à 30 minutes.
FAQ
Quand l'Alcazaba de Málaga a-t-elle été construite ?
Le gros de la construction a débuté entre 1057 et 1063 sous Badis ben Habus, émir de la taïfa ziride de Grenade, sur des fondations hammudites antérieures. L'édifice a ensuite été agrandi par les dynasties almoravide, almohade et nasride.
Pourquoi des fûts de colonnes romaines sont-ils encastrés dans les murailles de la forteresse ?
Les bâtisseurs ont réutilisé des matériaux prélevés sur le théâtre romain voisin du Ier siècle. Ils ont posé des fûts de colonnes en marbre à l'horizontale dans la maçonnerie des tours et des portes en guise de tirants de renfort, laissant leurs extrémités circulaires apparentes sur les façades.
Peut-on aller à pied de l'Alcazaba au château du Gibralfaro par La Coracha ?
Non, le chemin de ronde intérieur du couloir fortifié de La Coracha est fermé aux visiteurs. Pour visiter le château du Gibralfaro, il faut effectuer une marche en montée de 20 à 30 minutes ou emprunter un moyen de transport.
L'entrée de l'Alcazaba est-elle parfois gratuite ?
Oui, l'entrée est gratuite pour tous les visiteurs chaque dimanche à partir de 14 h 00 jusqu'à la fermeture.




