
Senate House de Cambridge : histoire et cérémonies de remise des diplômes
La scène cérémonielle de Cambridge
Trônant sur King's Parade, au sommet de Senate House Hill, la Senate House bat au cœur même des rituels de l'université de Cambridge. Face à l'église Great St Mary’s, l'édifice veille sur ce carrefour historique où se rencontrent la ville et l'université. Grâce aux percées urbaines du XIXe siècle, sa façade sud offre une perspective classique saisissante aux flâneurs qui remontent King's Parade vers le nord.
Conçu par l'architecte James Gibbs d'après des propositions antérieures de Sir James Burrough, ce monument classé Grade I déploie un style néoclassique corinthien d'une rigueur absolue. Bâti en pierre de taille de Portland d'un blanc éclatant, l'extérieur s'habille de pilastres corinthiens colossaux, de deux rangées de fenêtres à guillotine et d'une balustrade ouvragée qui couronne la toiture. Les travaux de fondation ont débuté le 22 juin 1722, la grande salle a officiellement ouvert ses portes en juillet 1730, et l'aile ouest a finalement été achevée en 1768.
Une cour classique inachevée
La construction de la Senate House est née d'un manque d'espace administratif au sein des vénérables Old Schools médiévales. La situation est devenue critique lorsque le roi George Ier a offert à la bibliothèque universitaire la colossale collection d'ouvrages de l'évêque John Moore, chassant sans ménagement les services administratifs hors de la vieille Regent House.
À l'origine, le bâtiment de Gibbs ne devait pas rester seul. Il avait été imaginé comme l'aile nord d'une ambitieuse cour classique à trois ou quatre côtés, destinée à remplacer le cœur médiéval de l'université. Mais l'évolution des priorités architecturales et le manque de fonds eurent raison du grand projet, laissant la Senate House isolée, tel un pavillon classique solitaire.
Deux siècles de pouvoir et de politique
Pendant près de deux siècles, la Senate House a fait office de parlement et de salle de débats pour le Sénat de Cambridge, qui rassemblait les diplômés titulaires d'un Master of Arts de l'université. L'assemblée s'y réunissait pour voter les statuts de l'institution et, jusqu'à la disparition de la circonscription électorale universitaire en 1950, pour élire les deux députés représentant Cambridge au Parlement britannique.
L'hémicycle a également été le théâtre de débats institutionnels houleux. C'est ici même que les propositions visant à accorder de véritables diplômes aux femmes furent débattues puis rejetées en 1897 et en 1921. Il fallut attendre 1948 pour que les étudiantes obtiennent enfin des diplômes à part entière.
Rituels et remises de diplômes
Aujourd'hui, la Senate House est presque exclusivement réservée aux « Congregations » de la Regent House, les cérémonies de remise des diplômes qui rythment l'année universitaire. Ces rites séculaires se déroulent en grande partie en latin. Les candidats s'avancent collège par collège, conduits par la main droite par leur Praelector. Chacun s'agenouille ensuite devant le vice-chancelier, ou son représentant, pour recevoir son grade.
Puisque cette salle du XVIIIe siècle ne possède aucun éclairage zénithal moderne, les cérémonies doivent impérativement se tenir à la lumière du jour. Pour permettre à tous les étudiants de recevoir leur titre, les collèges se relaient donc par vagues successives du matin au soir. Les jours de cérémonie, Senate House Yard s'anime du froufrou des toges académiques et du murmure des familles, tandis que les diplômés franchissent les grilles de fer forgé noir selon un ordre protocolaire millimétré.
Si l'intérieur est réservé aux membres de l'université et à leurs invités, l'extérieur a longtemps joué un rôle public essentiel. C'est sur des panneaux de bois vitrés, fixés à la façade, qu'étaient autrefois affichés les classements officiels des examens.
Curiosités académiques et canulars d'étudiants
La Senate House a servi de décor à une foule de traditions tenaces et d'équipées mémorables :
- La véritable cuillère de bois : L'expression familière « cuillère de bois » est née ici même, lors des épreuves des Tripos de mathématiques. Une véritable cuillère en bois, mesurant jusqu'à un mètre cinquante à la fin de l'époque victorienne, était remise en guise de lot de consolation à l'étudiant ayant obtenu la plus basse note qualificative avec mention. Lors de la cérémonie, des camarades suspendaient la cuillère par des ficelles depuis la tribune pour la faire balancer au-dessus de la tête du candidat agenouillé, jusqu'à ce que l'université interdise cette facétie en 1875. La dernière cuillère fut décernée en 1909.
- Proclamations au balcon : Les résultats des Tripos de mathématiques étaient traditionnellement proclamés à voix haute depuis la galerie intérieure, avant qu'une pluie d'exemplaires des classements ne soit lancée aux étudiants réunis en contrebas.
- La camionnette Austin Seven de 1958 : Au matin du 8 juin 1958, les passants découvrirent avec stupéfaction une camionnette Austin Seven perchée à plus de vingt mètres de hauteur, à cheval sur le faîte du toit de la Senate House. Pendant la nuit, douze étudiants en ingénierie du collège voisin de Gonville et Caius avaient démonté le moteur et la boîte de vitesses, hissé la caisse grâce à une grue de fortune faite d'échafaudages empruntés à King's College, et guidé le véhicule sur une passerelle de planches. La récupération fut si complexe que les pompiers et l'université durent découper l'engin en six morceaux au chalumeau pour le redescendre.
FAQ
Le grand public peut-il visiter l'intérieur de la Senate House ?
Non. L'intérieur de la Senate House est fermé au grand public et réservé exclusivement aux membres de l'université ainsi qu'aux invités officiels des cérémonies.
Pourquoi les cérémonies de remise des diplômes ont-elles lieu uniquement en journée ?
Privée d'éclairage zénithal moderne, cette salle du XVIIIe siècle impose que les cérémonies se déroulent exclusivement à la lumière du jour, contraignant les collèges à défiler par vagues successives tout au long de la journée.
Quelle est l'origine de l'expression « cuillère de bois » ?
L'expression est née à la Senate House, où une véritable cuillère en bois était remise en lot de consolation à l'étudiant de Cambridge ayant obtenu la plus mauvaise note qualificative aux épreuves des Tripos de mathématiques.




